La volonté de construire un meilleur système informatique se traduit sous différents vocables :
- urbanisation du SI ;
- architecture du SI (fonctionnelle, logique, technique, applicative... choisissez l'adjectif et inventer un nouveau métier) ;
- Enterprise Architecture ;
- SOA ;
- gouvernance de SI...
La qualité du SI s'évalue en fonction d'objectifs très généraux : évolutivité, alignement stratégique, interopérabilité, partage...
On peut penser que cette volonté d'amélioration entraîne la réalisation d'un plan du système à construire. Après tout, puisque l'on parle d'architecture, ne commence-t-on pas par établir un plan de la moindre habitation à construire ? D'ailleurs, il s'agit de plusieurs plans : le plan d'ensemble, le plan des canalisations, le schéma électrique, etc. Les systèmes informatiques étant réputés complexes, on peut s'attendre à trouver des "plans" qui les décrivent précisément, selon plusieurs points de vue.
On parle effectivement de "cartes" ou plutôt de "cartographies". L'usage de ce dernier terme est impropre, la cartographie étant l'art d'établir des cartes et non la carte elle-même. Pour ce procédé, nous avons déjà le terme "architecture". Le résultat de la discipline d'architecture est le plan du système, la carte, le modèle d'ensemble, l'architecture (en tant que produit, non plus en tant que discipline), etc.
La carte, qui décrit un système, peut être générale. Dans ce cas, elle se présente comme une synthèse du système existant ou du système à construire. La synthèse ne vaut que si le détail a été conçu, évalué et qu'il fonctionne, du moins en esprit.
Or, qu'observe-t-on ?
Trop souvent, les entreprises se contentent d'une "cible d'architecture" formulée sous la forme d'un schéma ou d'une diapositive. Il faut faire simple pour communiquer - c'est l'argument. Pourtant, ces cartes sont trop compliquées en ce qu'elles mélangent souvent des considérations de natures différentes :
- un peu de technique (pour placer quelques gadgets, quelques termes incontournables) ;
- un peu de logique (parce que l'on a appris ses leçons) ;
- un peu de métier ou de stratégie (pour montrer que l'on travaille pour l'entreprise).
Bref, la carte est un bric-à-brac. Trop compliquée parce qu'elle ne respecte pas les niveaux d'abstraction (les aspects du Système Entreprise), elle est en même temps trop simple : en effet, elle ne résume rien d'autre qu'elle-même, elle est le départ et l'aboutissement de la réflexion architecturale.
Ce n'est pas une carte qui décrit la géographie du système. Si c'est une carte, c'est plutôt une carte postale !
Ce n'est pas le plan de montage du système, mais une vague ébauche de grands blocs qui n'auront jamais qu'une réalité vague. Evidemment, cette façon de faire présente bien des avantages, à commencer par celui du concensus. Mais peut-on penser sérieusement que ce niveau de description suffit pour guider la construction d'un système, ou d'une fédération de systèmes, sur plusieurs années en impliquant des dizaines ou des centaines de personnes ?
Il n'est pas simple de reconstruire un système informatique, encore moins de faire converger plusieurs systèmes. Si on veut réellement donner du contenu aux voeux de réutilisation, d'agilité, d'interopérabilité, alors cela demande un effort, une pensée architecturale. La carte pourra être présentée, à condition de respecter certaines règles de l'art et de n'arriver qu'au terme d'un travail de conception architecturale. Chaque élément de la carte doit être soupesé, évalué ; l'architecte logique (c'est de lui qu'il s'agit) pense et évalue chacune de ses décisions, à la fois dans la statique et la dynamique du système. La représentation qu'il élabore est, dès le départ, perçue comme devant se prolonger, se détailler par des modèles de plus en plus précis, jusqu'au dernier détail des constituants du système.
Un système réussi suppose, à la fois, une vision d'ensemble et la maîtrise du détail.
On ne peut partir dans cette guerre qu'avec une logistique impeccable, venant appuyer une stratégie volontaire et claire. Il y faut aussi une autorité infaillible et des troupes bien entraînées. C'est une guerre contre l'entropie et la complication stérile. Nous ne devons pas nous tromper d'ennemie : c'est bien contre la complication que nous nous battons, pas contre la complexité - celle-ci, nous la respectons.
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